© La Coureuse Laurence A Lavigne  

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Le marathon de Philadelphie

Eh oui! Le marathon. C'est fait!

Waouuuuu!

J'ai réussi mon défi. La coureuse en moi est bien fière d'avoir complété un marathon. Pas un demi-marathon, pas un dix kilomètres; un marathon de 42.2. km.

The Thing. Tsé.

Je l'ai complété en moins de 5 heures en plus! 4 heures 59 minutes. Tiens toé!

Mon orgueil aurait voulu un 4 heures 30 minutes. Mais, non. Philadelphie et moi avons donné un 4 heures 59 minutes , 14 secondes.

Le Marathon de Philadelphie est assez big. Plus de 30 000 coureurs participaient à cet évènement.

Sur la ligne de départ, il y avait les coureurs du marathon et du demi-marathon. On courait légèrement coincé. Le genre de course où l'on se cogne les coudes, où l'on se pile sur les pieds et où l'on se fait fouetter la face par la queue de cheval de la gazelle de devant (avec un t-shirt qui est écrit à l'endos: if you can read this, it's because you're behind me). Ah shit, beau gilet.

En passant, je n'ai pas vu la borne du 10 km. J'étais en train d'essayer de me tailler une place dans ce peloton en accélérant, en freinant brusquement et en doublant les autres qui étaient légèrement plus lents que moi.

Mon pire temps à vie sur la distance de 10 km. 1 heure trois minutes. C'est long mais, je cours un marathon et je suis prudente. Je veux finir cette course.

Ensuite, je tente de regarder la ville à travers les foules massées sur les trottoirs avec leurs encouragements bruyants et leurs affiches faites à la main regorgeant de messages positifs:

''You are a beautiful unicorn and you will finish this.''
'' Black toenails are in. ''
''Whine now, beer later.''

Je ris, je souris. Je suis heureuse. Je vis mon marathon pleinement. La température est clémente. Un léger vent me porte doucement vers la ligne d'arrivée.

Le marathon est gradué en miles. Je capote un peu parce que c'est long 1 mile. Je me sens soudainement perdue et sans repères. Je ne sais plus combien de miles j'ai couru et à quoi ils peuvent bien équivaloir en kilomètres.

Je suis toujours aussi poche en maths.

Éventuellement, j'arrive au demi-marathon. Enfin. La moitié! Yé! J'ai réussi la moitié!

Je me sens encore très bien et il y a beaucoup moins de coureurs. Les affiches d'encouragement des supporteurs sont de plus en plus drôles: ''Half marathons are for wimps'' ou pire encore ''Don't trust your farts at mile 18''.

Je respire enfin et je joggine dans la joie... et ce jusqu'au moment où la bandelette me rende une petite visite. La maudite douleur au genou que je connais beaucoup trop. La bandelette ne m'a pas visité de tout mon entraînement et là bang. Ouch. Je dois ralentir. Je dois avoir une foulée plus courte avec de petits pas et aucun mouvement brusque. Le syndrome de la bandelette peut gâcher un marathon.

Je songe donc à mon départ bizarre et aux premiers 10 kilomètres. Toutes ces accélérations et mouvements saccadés auraient pu causer cette douleur. Esti.

Je ne panique pas et je me concentre sur la beauté de la rivière à ma gauche. J'ai maintenant le vent qui me ralentit au lieu de me porter. J'en profite pour inspirer profondément et expirer. Je me concentre sur ma respiration.

Je suis rendue au mile 14. C'est là que je rencontre les autres coureurs qui reviennent de la boucle un peu plus loin. Ils sont alors rendus au mile 22. Je vois le drapeau du mile 22 et il est de l'autre côté de la ligne jaune. C'est un trajet aller-retour. Je trouve ça démoralisant et décourageant.

Je commence à déprimer légèrement parce que je vois les autres qui achèvent leur marathon alors que moi je n'ai pas encore rencontré le supposé mur. J'ai seulement rencontré le syndrome de la bandelette et trois envies de pipi (j'en parle parce que c'est compliqué quand on est une fille). Je ne pisserai pas sur les trottoirs quand même. Les hommes eux peuvent pisser au pied des arbres, sur un mur ou sur autre chose. Bref, j'ai perdu du temps en attendant mon tour pour les toilettes (il n'y avait pas assez de toilettes pour le nombre de coureuses).

Enfin, je tente de voir si je peux rencontrer mon chum dans la gang de coureurs de l'autre côté de la ligne jaune. Je suis triste. Je sais que je ne pourrais pas terminer mon marathon dans mon temps de rêve. Je décide donc de focuser sur le positif et d'oublier les autres coureurs de l'autre côté de la ligne.

Heureusement, ma douleur au genou semble vouloir s'atténuer. Je la maîtrise. Je me sens mieux et reprends un rythme un peu plus rapide. J'arrive alors dans un quartier qui parait super hip et culturellement riche. Le Manayunk regorge de restos, boutiques, librairies et petits cafés sympas. Dommage que je ne puisse pas arrêter pour y siroter un verre de vin.

À la borne du 30 km Je suis vraiment contente. Il y a un orchestre et de la bière. Perso, la bière c'est pas mon truc mais, mon chum a quand même pris le temps d'en prendre une tite shot en passant. J'ai pensé à lui. J'aurais mis ma main au feu qu'il se prendrait une shot de bière.

Vers le mile 22, mes jambes commencent à être lourdes. J'ai soudainement l'impression que mes jambes sont en béton. Elles sont très lourdes et dures. Je me questionne: ''Vont-elles encore plier demain?''

Bien sûr, rendue à ce point, j'ai vraiment besoin d'encouragements. Il y a moins de supporteurs. Moins de coureurs. Moins de toute.

Je sors de ma poche les petits mots d'amitié que mes amies avaient rédigés sur des post-it jaunes. Je lis Nat, Jess, Bi, Lili et Anne-Ma quand j'ai besoin d'un coup de pouce.

Tout à coup, un homme d'une soixantaine d'années debout sur le côté du parcours m'offre un high five et je me dis, je fais un high five avec lui. Il m'a alors délicatement serré la main au passage. Le bout de mes doigts a été dans sa main quelques secondes. Son regard familier m'a réconforté. Cet inconnu m'a rassuré. Je ne sais pas comment décrire ce qui s'est produit. La main de cet homme m'a donné de l'énergie. Cet homme m'a fait pensé à mon papa.

Ça y est mile 25. The wall. C'est dur. Mes jambes sont dures toutefois, j'arrive. Je suis si près de la ligne d'arrivée!

Je suis de plus en plus fébrile, je réalise mon rêve de coureuse là maintenant.

Je regarde ma montre et je souris. Je terminerai ce marathon en moins de 5 heures.

La ligne d'arrivée est là et je la franchis.

Je suis une gagnante.

Je suis une marathonienne.

 

 

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